Radiations d’office : 80 776 entreprises en trois mois

Entre juillet et septembre, les greffes ont radié d’office 80 776 entreprises, presque trois fois plus qu’un an plus tôt. Ce ne sont pas des faillites : la plupart de ces entreprises avaient cessé d’exister bien avant que le registre ne le constate. Mais dans le lot figurent aussi des sociétés bien vivantes, dont le seul tort est un dossier laissé en friche. Pour les cabinets qui suivent des dizaines de structures, la question n’est plus théorique.

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Un registre qui se vide, une économie qui tient

Sur le papier, le troisième trimestre ressemble à une hécatombe : 163 367 radiations, deux tiers de plus qu’il y a un an. Les autres indicateurs publiés par Infogreffe disent autre chose : les ouvertures de procédures collectives sont quasi stables (+1,5 %), les immatriculations progressent de 15 %, et le nombre d’entreprises actives continue d’augmenter.

La différence vient presque entièrement des radiations d’office. Sur les quelque 65 000 radiations supplémentaires en un an, environ 52 000 ont été décidées par le greffe lui-même. Elles pèsent désormais près d’une radiation sur deux, contre moins d’une sur trois au troisième trimestre 2025. Infogreffe le reconnaît sans détour : la hausse reflète avant tout une mise à jour administrative du registre.

Le mouvement n’est pas nouveau. Il était déjà très visible au printemps, et il touche d’abord les commerçants en nom propre, qui représentent à eux seuls plus de la moitié des radiations du trimestre. On peut raisonnablement penser qu’une bonne partie d’entre eux avaient arrêté leur activité sans jamais le déclarer.

Le problème, ce sont les sociétés vivantes

Un registre qui reflète la réalité, personne ne s’en plaindra. Le greffe ne fait qu’appliquer l’article R. 123-136 du Code de commerce, qui l’autorise à radier une entreprise qui ne remplit plus les conditions pour figurer au registre. La difficulté est ailleurs : la procédure ne fait pas la différence entre une entreprise morte et une entreprise active dont le dossier n’a pas suivi.

C’est là que les chiffres des sociétés méritent attention. Tous motifs confondus, les radiations de SCI augmentent de 21 % sur un an, celles de SAS de 15 %. Pour les SCI, ce n’est pas une surprise. Une SCI familiale vit souvent des années sans formalité : le gérant décède, le siège reste fixé chez un associé qui a déménagé, personne ne pense au registre tant que le bien n’est pas vendu.

Autre signal intéressant : les démarches de régularisation au registre des bénéficiaires effectifs bondissent de 23 %, et les dépôts rectificatifs y dépassent désormais les dépôts initiaux. Une partie des entreprises a manifestement reçu le message. Les autres le découvriront souvent au pire moment : une banque qui refuse un prêt, un notaire qui bloque une vente, une facture électronique qui ne trouve plus son destinataire.

Faire le tri avant le greffe

Un cabinet d’avocats ou d’expertise comptable suit souvent des structures qu’il ne voit qu’une fois par an, voire jamais. C’est précisément celles-là que le greffe est en train de passer en revue. Plutôt que d’attendre ses courriers, autant faire le tri soi-même.

On part de la liste des entités suivies et on isole quatre profils :

Profil

Ce qui coince souvent au registre

SCI familiale

Gérant décédé ou parti, siège à une ancienne adresse

Toutes les sociétés

Retour d’un NPAI au greffe

Toutes les sociétés

Comptes annuels non déposés malgré les relances du greffe

Toutes les sociétés

Bénéficiaires effectifs non déclarés ou non mis à jour

Liquidation amiable ouverte

Clôture jamais déposée, parfois depuis plusieurs années

Entrepreneur passé salarié

Cessation d’activité jamais déclarée

Pour chacun, on vérifie le statut au registre et la présence d’une mention d’office sur l’extrait. Les dossiers qui portent une opération à venir passent en priorité : une cession, un apport ou un nantissement sur une société radiée se découvre en général au moment de signer.

Le tri a un autre mérite : il oblige à trancher. Une structure qui ne sert plus à rien mérite une vraie dissolution, propre et maîtrisée, plutôt qu’une radiation d’office qui laisse des questions en suspens.

Et si c'est déjà fait ?

Une radiation d’office n’est pas une fin en soi. Tant que l’entreprise est réellement active, elle peut demander le rapport de la radiation et régulariser sa situation au registre, en déposant la formalité qui manquait. Mais pendant ce temps, l’extrait Kbis ne reflète plus la réalité, et chaque semaine compte.

Nous avons détaillé la marche à suivre, et les conséquences sur la réception des factures électroniques, dans notre article Radiation d’office : pourquoi elle bloque vos factures électroniques.

En résumé

La vague de radiations du troisième trimestre ne dit pas grand-chose de la santé des entreprises. Elle dit beaucoup, en revanche, de l’état du registre et de la volonté des greffes de le remettre d’aplomb. Pour les cabinets, c’est le bon moment pour passer en revue les structures dormantes, avant que le greffe ne s’en charge.

Nos formalistes peuvent prendre en charge ce tri et les formalités qui en découlent, de la mise à jour simple à la dissolution d’une structure inutile.

Des dossiers dormants dans votre portefeuille ? Confiez-nous leur mise à jour.