Santé des entreprises au 1er trimestre 2026 

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À partir des données certifiées des greffes, Infogreffe décrit un début d’année 2026 contrasté : les immatriculations progressent nettement, mais les radiations restent très élevées et les signaux de tension financière se multiplient.

Chez LegalVision, c’est précisément ce type de moment qui mérite d’être lu sous l’angle du droit des sociétés et des formalités : derrière les chiffres, il y a des décisions de gouvernance, des mises à jour au registre, des dépôts, des radiations et, parfois, des procédures collectives à enclencher sans tarder.  

Les chiffres qui comptent

  • 177707 entreprises ont été immatriculées au premier trimestre 2026, soit +10,0 % sur un an.  
  • 166634 entreprises ont été radiées sur la même période, soit +3,4 %.  
  • 17679 entreprises ont été identifiées en difficulté, tandis que 36853 injonctions de payer ont été enregistrées.  
  • Les inscriptions de privilèges du Trésor (+32,9 %) et de la Sécurité sociale (+28,5 %) progressent fortement.  
  • Les démarches de conformité accélèrent : +11,0 % pour les déclarations de bénéficiaires effectifs et +12,5 % pour les dépôts de comptes annuels.  

Des créations encore solides, mais un tissu économique qui se renouvelle de plus en plus vite 

Le premier enseignement est simple : la création tient. Selon INSEE, 335406 entreprises ont été créées entre janvier et mars 2026 dans l’ensemble des activités marchandes non agricoles, en hausse de 13,3 % sur un an. Les chiffres d’Infogreffe sont plus étroits, car ils reflètent le périmètre des greffes et du registre du commerce ; ils n’en montrent pas moins une vraie dynamique entrepreneuriale.  

Cette dynamique est tirée, côté greffes, par le commerce, l’immobilier et les activités spécialisées, scientifiques et techniques. Le secteur de l’information-communication est celui qui accélère le plus (+28,9 %), tandis que l’hébergement-restauration et les activités financières et d’assurance reculent. Géographiquement, Île-de-France reste de loin le premier moteur, devant Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.  

Mais le point vraiment important est ailleurs : les créations ne compensent que de peu les sorties. Avec 166634 radiations au trimestre, le renouvellement du tissu entrepreneurial s’accélère. Et il faut être précis juridiquement : une radiation n’est pas synonyme, à elle seule, de dissolution. En cas de fermeture volontaire d’une société, la séquence est dissolution, liquidation puis radiation ; les radiations mesurées par Infogreffe recouvrent donc des situations plus larges que la seule cessation volontaire.

Les signaux faibles ne le sont plus

Le deuxième enseignement du trimestre, c’est la diffusion des tensions. Infogreffe recense 1881 inscriptions de privilèges du Trésor et 3682 inscriptions de privilèges de Sécurité sociale, en forte hausse, mais avec des montants moyens plus faibles. La lecture est importante : la difficulté semble moins concentrée sur quelques gros dossiers et plus largement répartie dans le tissu d’entreprises.  

Cette lecture est cohérente avec les données de la Banque de France : à fin février 2026, elle comptabilisait 69392 défaillances d’entreprises en cumul sur douze mois, en légère hausse par rapport à janvier, sur fond d’augmentation touchant la plupart des tailles d’entreprises et la majorité des secteurs.  

Les secteurs les plus exposés, dans les données Infogreffe, sont la construction, le commerce et l’hébergement-restauration pour les procédures collectives. Autre signal à ne pas sous-estimer : les redressements judiciaires bondissent de 27,6 %, ce qui dit quelque chose de la nature des difficultés rencontrées. On n’est pas seulement face à des cessations nettes ; on voit aussi monter des situations où l’activité peut encore être sauvée, mais sous forte contrainte.  

Ce que ces chiffres changent pour le droit des sociétés et les formalités

Pour les praticiens, ces données ne sont pas seulement macroéconomiques. Elles dessinent un agenda très concret. D’abord, la conformité prend de l’ampleur : 234880 déclarations de bénéficiaires effectifs, 24567 signalements de divergence et 361415 dépôts de comptes annuels au trimestre. Cela signifie davantage de vérifications à mener, davantage de régularisations à anticiper et davantage d’attention à porter à la cohérence entre gouvernance réelle, RBE, comptes et registres. Le guichet unique de l’INPI reste le point d’entrée central pour ces formalités.  

Ensuite, quand les indicateurs de tension montent, le droit des sociétés ne se résume plus aux formalités “courantes”. Il faut revenir aux fondamentaux : suivi de trésorerie, gouvernance réellement active, information loyale des associés, arbitrage rapide entre poursuite, restructuration ou fermeture. Avant la cessation des paiements, le président du tribunal peut être saisi pour un mandat ad hoc ; après la cessation des paiements, le redressement judiciaire est ouvert lorsque l’entreprise ne peut plus faire face au passif exigible avec son actif disponible, et le débiteur doit en principe demander l’ouverture d’une procédure dans les 45 jours s’il n’a pas demandé de conciliation. Si le redressement est manifestement impossible, la liquidation judiciaire devient la voie légale.  

Autrement dit, le début 2026 ne raconte pas seulement une économie “sous tension”. Il raconte une montée des situations où le bon geste juridique, au bon moment, devient décisif : dépôt de comptes, mise à jour du RBE, transfert de siège, changement de dirigeant, dissolution ordonnée, ou, à l’inverse, recours assez tôt aux outils de prévention.

Les formalités à ne pas différer

Vérifier sans attendre la cohérence entre registre, gouvernance effective et bénéficiaires effectifs. La hausse des dépôts RBE et des signalements de divergence montre que le sujet est désormais très surveillé.  

Ne pas confondre sortie statistique et fermeture juridique. Une radiation peut résulter d’une procédure collective, d’une radiation d’office ou d’une fermeture volontaire ; pour une société, la dissolution et la liquidation restent des étapes distinctes.  

Ne pas laisser dériver les signaux de tension. Privilèges fiscaux ou sociaux, impayés et injonctions de payer doivent être lus comme des déclencheurs d’analyse, pas comme de simples incidents de gestion.  

En cas de difficultés avérées, arbitrer vite entre prévention et procédure. Le temps juridique se raccourcit nettement une fois la cessation des paiements caractérisée.  

Le premier trimestre 2026 ne montre donc ni un effondrement ni un simple rebond. Il montre un tissu entrepreneurial qui continue de bouger, mais plus vite, plus souvent et avec moins de marge d’erreur. Pour les professionnels du droit et du chiffre, c’est précisément dans ces phases là que la qualité des formalités, du suivi de gouvernance et du traitement anticipé des difficultés fait la différence.  

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